La période que nous traversons est exceptionnelle sous bien des aspects. Sous l’effet de la crise sanitaire, chaque corps de métier doit savoir se ré-inventer et innover pour continuer à mener à bien ses activités. L’Université et la recherche sont naturellement impactées par l’impératif de distanciation sociale dicté par la volonté de maitrise de l’épidémie en cours. Pourtant, colloques, conférences et enseignements doivent se poursuivre. Alors, quel impact cette nouvelle organisation a-t-elle sur les activités du Labex EFL et des enseignants chercheurs en général ?

Des échanges repensés

Si les colloques en distanciel ne sont pas nouveaux dans le paysage de la recherche, leur généralisation de ces derniers mois oblige à une nouvelle flexibilité organisationnelle. En l’occurence, et c’est un point positif, la mise en place de colloques en ligne allège considérablement les contraintes matérielles liées à leur tenue. Réunir plusieurs dizaines de personnes sur Zoom ou Skype permet de s’affranchir de la recherche de salle, de créneaux disponibles au sein d’Université pleines, ou de la logistique électronique (micro, vidéo-projecteurs, supports papiers…). Une économie de temps et de matériel loin d’être négligeable qui permet de se focaliser davantage sur le contenu des échanges.

Et si organiser ou rejoindre une conférence en ligne n’a jamais été aussi simple, cela va dans le sens d’une plus large diffusion du savoir, avec des participants plus nombreux que s’ils avaient du se déplacer. Anne Abeillé (responsable de l’Axe 2 du Labex EFL) pointe ainsi le plus grand nombre de participants à ces derniers colloques en ligne, avec par exemple près de 50 personnes en ligne lors de la 3e conférence ECBAE (Empirical and Corpus based approaches to Ellipsis) du 15 au 17 juillet qui devait initialement se tenir à Florence, mais qui a eu lieu en ligne. « Les conférenciers avaient le choix entre s’enregistrer à l’avance ou parler en ligne en partageant leur écran ; ils ont tous optés pour la seconde solution, et nous avons eu des discussions très animées ».

Les progrès techniques permettent en effet de ne presque plus faire de différence entre la fonctionnement d’un colloque en présentiel avec ceux en distanciels : même possibilité de poser des questions en live, de rebondir sur les propos d’un intervenant, ou de partager des documents aux yeux de tous. De ce point de vue là, communiquer à distance n’a rien changé ou presque.

Ce qui souffre en revanche de cette nouvelle façon de procéder sont en revanche les échanges informels, ou le networking, qui font habituellement l’intérêt des espaces de rencontre que sont les colloques. Au détour d’une pause ou d’un repas se nouent souvent des liens au gré des discussions qui ont une importance capitale pour nourrir la réflexion, la confrontation des idées et des savoir-faire des chercheurs venus d’horizons différents, et qui font bien souvent avancer la recherche de façon inquantifiable mais précieuse. Il s’agit là du principal inconvénient du « tout connecté », pour lequel il est difficile de trouver une parade viable pour le moment.

Vers une évolution des modes d’enseignement

Crise du coronavirus ou pas, l’Université et la recherche ne suivent actuellement qu’une trajectoire un peu plus accentuée de ce qui se jouait déjà depuis de nombreuses années. La baisse des budgets, l’avénement du numérique et les facilités d’organisation justifiaient déjà le recours au distanciel avant le début de cette période particulière. L’enjeu est ici pour chacun de savoir se ré-inventer et tirer parti du meilleur des deux mondes physique et numérique, afin de maximiser les bénéfices de chacun. « Pour la suite, je pense qu’il serait judicieux de conserver cette hybridation de l’enseignement avec des cours de type magistraux (ou centré sur les connaissances) asynchrones et des cours en présentiels beaucoup plus interactifs » avec, en filigrane, une « généralisation du contrôle continu » nous explique Anaid Donabedian, co-directrice du Labex EFL.

Pour la recherche aussi bien que pour l’enseignement, l’important demeure de bien prendre le virage du numérique. Et cela ne signifie pas forcément d’utiliser les logiciels de communication en ligne pour organiser ses colloques contraint et forcé, mais bien de penser les synergies entre l’efficacité du digital et l’interactivité du réel. La formule « cours en ligne + rencontre en physique pour échanger » lorsque c’est possible louée par A. Donabedian permet en effet de tirer le meilleur des deux mondes au bénéfice direct des apprenants. Il s’agit là d’un début de réflexion salvateur sur le futur de l’enseignement à distance qui peut et doit se prolonger bien après cette période mouvementée.

Le gain de temps et de budget rendus possibles par le recours actuel au distanciel de façon massive doit pouvoir se traduire par une amélioration effective des modes de circulation de l’information, du savoir et des résultats de la recherche scientifique. C’est à ce prix que cette situation de recours contraint au tout numérique ouvrira au fil du temps la porte à une réelle évolution des modes de fonctionnement de l’Université. Sur ce sujet encore, le futur reste à inventer.