Un contrat doctoral est proposé dans le cadre du projet LABEX VC5 Vers une typologie des alternances de langues dédié à l’étude des pratiques plurilingues – généralement identifiés dans la littérature comme instances d’alternances de langues, codeswitching, codemixing, polylanguaging ou encore translanguaging (Auer 1999; Jørgensen et al. 2011; Léglise et Alby 2016; Garcia et Wei 2013), et liées à des questions d’hybridations non seulement linguistiques mais plus largement ethnoculturelles (Auer 2005; Rampton 2005), de performances ou négociations d’identités sociales (Woolard 1998; Bucholtz et Hall 2010; Jaffe et al. 2015), ou de résistance à des normes et idéologies dominantes (Jonsson 2012; Canagarajah et Dovchin 2019). Si les premiers travaux ont isolé un ensemble de facteurs explicatifs et de fonctions au codeswitching, les catégories du genre ou de la race demeurent largement sous-étudiées ; très peu d’études analysent les pratiques hybrides selon une perspective intersectionnelle (Cho, Crenshaw, et McCall 2013) en s’intéressant à l’imbrication des pratiques et performances de genre, race et des ressources langagières plurielles dans l’alternance de langues (voir toutefois Alim (2016) ; Hall (2019).

Le ou la candidat.e devra proposer son propre sujet de doctorat. Il inclura l’étude d’instances de codeswitching (ou codemixing, polylanguaging ou encore translanguaging) sur un terrain novateur situé préférablement dans un pays du Sud, à partir de l’étude rigoureuse et outillée de corpus plurilingues, impliquant si possible au moins une langue ou variété peu décrite. Ces corpus devront être recueillis in situ, par captation audio ou vidéo en situation écologique, auprès de groupes sociaux minorisés où les catégories du genre ou de la race dans les productions langagières plurilingues seront interrogées. Une focalisation sur les frontières géographiques ou symboliques (Watt et Llamas 2014) en tant qu’outils théoriques et analytiques pour explorer les hybridités catégorielles et langagières en jeu dans les pratiques plurilingues pourrait être appréciée.

Références :

Alim, H. Samy. 2016. Introducing Raciolinguistics: Racing Language and Languaging Race in Hyperracial Times. Oxford University Press. 

Auer, Peter. 1999. « From codeswitching via language mixing to fused lects : Toward a dynamic typology of bilingual speech ». The International Journal of Bilingualism 4 (3): 309‑32.

———. 2005. « A postscript : code-switching and social identity ». Journal of Pragmatics 37: 403‑10.

Bucholtz, Mary, et Kira Hall. 2010. « Locating identity in language ». In Language and identities, édité par Carmen Llamas et Dominic Watt, 18‑28. Edinburgh: Edinburgh University Press.

Canagarajah, Suresh, et Sender Dovchin. 2019. « The everyday politics of translingualism as a resistant practice ». International Journal of Multilingualism 16 (2): 127‑44. https://doi.org/10.1080/14790718.2019.1575833.

Cho, Sumi, Kimberlé Williams Crenshaw, et Leslie McCall. 2013. « Toward a Field of Intersectionality Studies: Theory, Applications, and Praxis ». Signs: Journal of Women in Culture and Society 38 (4): 785‑810. https://doi.org/10.1086/669608.

Garcia, O., et L. Wei. 2013. Translanguaging: Language, Bilingualism and Education. 2014 edition. Palgrave Pivot.

Hall, Kira. 2019. « Middle Class Timelines: Ethnic Humor and Sexual Modernity in Delhi ». Language in Society 48 (4): 491‑517. https://doi.org/10.1017/S0047404519000435.

Jaffe, Alexandra, Michèle Koven, Sabina Perrino, et Cécile B. Vigouroux. 2015. « Introduction: Heteroglossia, Performance, Power, and Participation ». Language in Society 44 (2): 135‑39. https://doi.org/10.1017/S0047404515000019.

Jonsson, Carla. 2012. « Power and Resistance: Language Mixing in Three Chicano Plays »: International Journal of Bilingualism, septembre. https://doi.org/10.1177/1367006912458392.

Jørgensen, Jens Normann, Martha Sif Karrebaek, Lian Malai Madsen, et Janus Spindler Moller. 2011. « Polylanguaging in Superdiversity ». Diversities 13 (2). www.unesco.org/shs/diversities/vol13/issue2/art2.

Léglise, Isabelle, et Sophie Alby. 2016. « Plurilingual Corpora and Polylanguaging, Where Corpus Linguistics Meets Contact Linguistics ». Sociolinguistic Studies 10 (3): 357‑81. https://doi.org/10.1558/sols.v10i3.27918.

Rampton, Ben. 2005. Crossing: Language and Ethnicity among Adolescents. 2nd éd. Manchester, UK & Northampton MA: St. Jerome Publishing. 

Watt, Dominic & Llamas, Carmen (eds.) (2014) Language, Borders and Identity, Edinbourgh, Edinbourgh University Press.

Woolard, Kathryn A. 1998. « Simultaneity and Bivalency as Strategies in Bilingualism ». Journal of Linguistic Anthropology 8 (1): 3‑29. https://doi.org/10.1525/jlin.1998.8.1.3.

Compétences et expérience requises : 

Le ou la candidat.e devra avoir obtenu son master 2 en sciences du langage, sociolinguistique ou anthropologie linguistique avant la date de début du contrat. Une bonne connaissance de la littérature sur le multilinguisme et les corpus plurilingues, et sur les travaux sur genre, race ou ethnicité en contexte minoritaire est nécessaire. Une bonne connaissance du français et de l’anglais sont nécessaires. La proximité du ou de la candidat.e avec le terrain proposé sera un plus. 

Les candidat.e.s présélectionné.e.s  seront invité.e.s à soumettre un fichier de 4 à 5 pages décrivant le projet de thèse envisagé.  

Contexte de la recherche : LABEX EFL, Axe 3, Opération de recherche VC5 : Vers une typologie des alternances de langues (dir. Isabelle Léglise)

Contexte institutionnel : INALCO & SeDyL (UMR 8202 « Structure et Dynamique des Langues », CNRS, INALCO, IRD) sur le campus de Paris-Villejuif, thèse préparée sous la (co)direction d’Isabelle Léglise.

Contact: isabelle.leglise@cnrs.fr