Dates de début – fin : 2011-2019

 

Résumé:

Dans les langues naturelles, le focus a une fonction communicative importante. Il met l’emphase sur une partie spécifique de l’énoncé, indiquant au destinataire ce que le locuteur souhaite affirmer. L’acquisition du focus présente un paradoxe : les enfants arrivent à utiliser les marqueurs de focus correctement au moins dans certains contextes pragmatiques à partir de 2 ans, mais ils ont des difficultés à interpréter ces mêmes marqueurs jusqu’à l’âge de 6 ans. Nous examinons donc la compréhension et sur la production du focus chez des enfants anglophones, francophones et germanophones entre 3 et 6 ans. Nous prenons une perspective inter-langues permettant de comprendre l’effet de la forme linguistique des marqueurs : en anglais, le focus est marqué uniquement par la prosodie ; en allemand, par la prosodie et, de façon optionnelle, par la syntaxe ; et en français, de préférence, par la syntaxe (même si le marquage prosodique existe aussi).

 

Résultats obtenus :

Nous avons montré que les enfants entre 3 et 6 ans sont déjà capables d’utiliser la prosodie pour marquer le focus dans leur production et la décodent comme marqueur de focus dans la compréhension, et ceci de la même manière pour le focus sur le sujet et sur l’objet. Des enfants apprenant trois langues différentes ont été testés : l’anglais, où le focus est le plus souvent marqué par la prosodie, l’allemand, où le focus peut être marqué aussi bien par la prosodie que par la syntaxe (ordre des mots), et le français où le focus est le plus souvent indiqué par les constructions syntaxiques (p. ex. clivées). Nous avons trouvé une performance proche de celle de l’adulte dès 3 ans dans les trois langues. Il existe néanmoins des différences inter-langues. Les locuteurs francophones, indépendamment de leur âge, montrent un biais pour interpréter le focus prosodique comme portant sur l’objet, ce qui s’explique par la position finale (donc coïncidant avec la position de l’objet) de la proéminence prosodique, même dans les phrases neutres.